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EDHISTO a 10 ans aujourd'hui !

Auto-interview d’un éditeur ; 10 ans, 10 questions à Edhisto

Yann Prouillet, vous êtes le créateur d’Edhisto, maison d’édition spécialisée dans l’Histoire des conflits, qui fête ses 10 ans aujourd’hui même. Qu’elles ont été ces 10 années ?

Edhisto a en effet été créée le 7 février 2007 après avoir constaté qu’il subsistait des vides historiographiques, notamment dans l’étude des conflits en Lorraine. Coauteur d’un usuel lorrain unanimement reconnu (La Chapelotte, en 2004), Edhisto a souhaité éditorialement également poursuivre sur les bases d’un tel ouvrage. Spécialiste de l’histoire testimoniale, nous avons considéré que de grands témoignages méritaient une large parution. C’est ainsi que des ouvrages, qui font aujourd’hui référence, comme les journaux de guerre de Bernadette Colin ou de Clémence Martin-Froment, pour 14-18, ont vu le jour. Alliant pour éclairer l’Histoire des « territoires oubliés » (comme les Vosges occupées par exemple) l’édition et la diffusion, La mise en perspective dans le catalogue de Clémence Martin-Froment, plébéienne en zone envahie, et de Marie Cuny-Boucher, industrielle en zone libre, permet de représenter les deux extrémités de l’échelle sociale des Vosges et compléter ce tableau d’une analyse profonde du paradigme des civils vosgiens en zone envahie par la publication de la 1ère thèse d’histoire sociale et de droit dans le département des Vosges, sous la plume d’Anne Peroz, démontre la profondeur épistémologique de la démarche historienne d’Edhisto. L’Ecrivain de Lubine a d’ailleurs été utilisé dans le documentaire Apocalypse Verdun, d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle, ce qui est une formidable reconnaissance d’intérêt.

Avez-vous eu d’autres reconnaissances ?

Elles sont multiples. Edhisto a reçu plusieurs prix ; le prix Robert-Joseph 2013 de l’Association des Ecrivains Combattants à Paris et le prix Georges Sadler 2001 de l’Académie de Stanislas à Nancy et deux titres du catalogue (Petite et Haxo, successeur de Vauban), ont été finalistes à l’Erckmann-Chatrian. Edhisto s’enorgueillit aussi d’être éditeur du Comité d’Histoire Régionale. C’est une marque de confiance. Mais la plus belle reconnaissance émane d’un lectorat félicitant la qualité de la ligne éditoriale. Aujourd’hui, l’accession d’un ouvrage au catalogue d’Edhisto est un gage de sérieux et de qualité. Travailler également dans le domaine pédagogique avec le Foyer Socio-Educatif du collège Paul Eluard de Noyon (une collection de 5 ouvrages) ou le lycée Jules Ferry de Saint-Dié-des-Vosges (Le Beulay dans la Grande Guerre) est aussi une reconnaissance pour Edhisto, dont les publications deviennent ainsi un support d’enseignements.

Vous avez des best-sellers ?

Edhisto ne pratique pas de gros tirages, la moyenne étant de 750 exemplaires par titres, mais plusieurs ouvrages, comme La Chapelotte (en diffusion) ou 500 témoins de la Grande Guerre (en coédition), ont dépassé les 2 000 exemplaires vendus. Les biographies des deux Haxo par l’excellent auteur Yannick Guillou, ont également trouvé un large public. Mais un éditeur, c’est d’abord d’excellents auteurs. La maison s‘enorgueillit de compter parmi ses plumes récurrentes, Isabelle Chave, Anne Peroz, Philippe Nivet et Jean-Claude Fombaron mais aussi, est c’est une fierté exceptionnelle, Rémy Cazals, LE spécialiste du témoignage combattant en France. Dans les nouveaux auteurs, le formidable et patient travail de Jean-Pierre Drulang pour présenter les carnets de guerre inédits de trois soldats allemands, et celui, démonstration d’une démarche historienne nouvelle, de Jean-Michel Adenot, qui, par ses travaux, signe un changement d’ère dans l’appréhension de la 2ème Guerre mondiale, permettent d’abonder les souhaits de la prochaine décennie d’Edhisto. En fait, la difficulté réside dans la gestion du bon volume du 1er tirage car réimprimer un titre est un risque économique pour un petit éditeur. Chaque ouvrage est donc une péripétie et chaque auteur une aventure.

Et donc, vous souhaitez de nouveaux auteurs ?

En fait, et cela peut apparaître paradoxal, Edhisto ne sollicite ni nouveaux projets, ni nouveaux auteurs. Sans les rechercher, Edhisto reçoit, parfois plusieurs fois par semaines, de nouvelles propositions de publications. C’est le problème des candidats impétrants. Il faut étudier très finement le catalogue d’un éditeur avant de lui présenter un projet. Dans ce domaine, il y a un certain volume de « déchet » ; Edhisto reçoit en effet des propositions de fiction (qu’Edhisto ne publie pas) ou d’essai hors niche (en dehors des conflits). La ligne éditoriale d’un catalogue est l’identité d’un éditeur ; il n’est pas bon de publier dans des domaines non maîtrisés.

Quels seront les cadeaux pour ces 10 ans ?

Depuis 10 ans, Edhisto offre le port de ses ouvrages à ses lecteurs, quel que soit le volume de la commande. Ce « cadeau » est chaque année plus important du fait de l’augmentation considérable des tarifs postaux et l’obligation de postaliser en colissimo les envois de plus de 30 mm d’épaisseur. Chaque année, c’est ainsi plusieurs milliers d’€uros qui sont offerts aux lecteurs faisant confiance à Edhisto, et ce chiffre est en croissance. Mais hélas, un jour, Edhisto ne pourra plus offrir ce luxe, qui s’ajoute à une volonté toujours croissante de faire baisser le prix des livres, qui doivent rester une produit de luxe dans le contenu, et bon marché dans le portefeuille.

Vous recevez très souvent des remarques très positives sur votre site Internet, est ce un plus pour Edhisto ?

C’est aujourd’hui incontournable. Edhisto ne pourra jamais se payer le luxe d’un pas de porte « physique » et d’ailleurs, nous pensons que ce mode de diffusion est certainement appelé à disparaître dans un avenir plus ou moins proche. Edhisto doit son site Internet à l’excellente entreprise de conception de sites Effica.CD (http://www.efficacd.com/). Particulièrement bien référencée sur le web, la boutique permet de connaître la disponibilité des ouvrages et d’en consulter, pour la plupart, les dossiers de presse, permettant d‘en approfondir le contenu et de déterminer son choix d’ouvrage. Aujourd’hui, ce sont près de 130 visiteurs, (certes robots compris, aux alentours de 30 % !) qui se rendent sur le site de manière quotidienne. Les commandes par la boutique virtuelle atteindront très bientôt la moitié du flux. Edhisto est aujourd’hui largement ancré dans l’économie numérique. Et pas seulement ! Edhisto est aussi présent sur Facebook (même si l’intérêt de ce réseau social reste encore à convaincre !).

Justement comment se répartit la diffusion d’Edhisto ?

Edhisto n’a pas de diffuseur général. La diffusion est quadriptyque :

- La vente directe par les salons, une quinzaine par an, dont les grands incontournables : en tout premier lieu le Salon du Livre de Nancy, celui des historiens à Blois, le premier d’Alsace à Colmar et le grand rendez-vous associatif des Journées d’Histoire Régionales, les seules en France. On peut y ajouter tout récemment les Imaginales à Epinal. Nul n’étant prophète en son pays, le FIG de Saint-Dié-des-Vosges n’est toujours pas réintégrer au calendrier annuel !

- Les points de ventes partenaires.

- La boutique numérique.

- La lettre Edhisto et la fidélisation du lectorat.

Edhisto c’est donc aussi des partenaires ?

Oui, et ils se sont multipliés en 10 ans. En premier lieu, de plus en plus de libraires connaissent et font confiance à Edhisto. Aux librairies, 126 partenaires à ce jour, dont une dizaine à l’étranger (Suisse, Luxembourg et Belgique) et certaines grandes enseignes comme Decitre et plus récemment Cultura, s’ajoutent une grande diversité de points de vente partenaires, des établissements spécialisés (comme le Mémorial de Verdun, qui est aujourd’hui la première librairie 14-18 de France) aux porteurs touristiques vecteurs de Mémoire ou d’Histoire (comme les offices de tourisme locaux), dont certains, proches du siège, pratiquent le dépôt-vente.

Mais une double difficulté persiste ; exister dans la production pléthorique d’ouvrages publiés par année (76 287 en 2015 !) et faire connaître aux diffuseurs et au public les ouvrages du catalogue. Car il est un paradoxe : entre les médias papier et les web-médias, les supports d’information sont également pléthoriques mais la difficulté colossale reste d’y être présent. Vosges Matin et Est Magazine sont aujourd’hui des partenaires fidèles et présenter un article dans la page Histoire de cet hebdomadaire incontournable est une sorte de petit graal d’éditeur historique. Bien illusoire est la possibilité de ne serait-ce que bénéficier d’une recension dans les revues spécialisées ! Même sur des questions historiographiques aussi fondamentales que l’épuration de la collaboration de la 1ère Guerre mondiale (« l’Ecrivain de Lubine ») ou les tirs amis (Lusse « entre deux feux »), ces médias sont hermétiques. Il en est de même pour les radios nationales ou régionales. Pourtant leur support est indispensable ; c’est un bon relai média national (Le Monde des Livres) (et la coédition avec les éditions Midipyrénéennes, lequel bénéfice d’un diffuseur national) qui a permis à 500 Témoins de la Grande Guerre de dépasser les 2 500 exemplaires. La « com », c’est le rocher de Sisyphe de l’éditeur.

L’éditeur est un maillon fondamental de la chaîne du livre ; Edhisto bénéfice-t-elle d’aide(s) ?

Les aides à l’édition sont multiples et de deux ordres ; institutionnelle, notamment régionale et qu’il nous soit permis ici de souligner et de remercier la politique culturelle de la Région Lorraine, très en pointe dans l’aide à l’édition. Ainsi, par le passé, Edhisto a bénéficié d’une aide pour la création du site Internet et du catalogue, par le biais du Centre Régional du Livre, ou la publication du témoignage de Gaston Mourlot, et bénéficie de la confiance du Comité d’Histoire Régional dont Edhisto est un des partenaires. Confier la publication des actes des colloques de cette institution à un petit éditeur en région est une aide précieuse ; elle cumule confiance institutionnelle et bénéfice partenarial d’image. Le soutien peut également provenir de l’Université (de Picardie-Jules Verne pour la « collection » témoignages dont le prochain opus est sur le point de paraître) ou d’autres organismes pédagogiques. C’est une aide à l’édition très appréciée et qui permet d’alléger un peu une trésorerie toujours sur le fil.

Et donc, quelle évolution pour Edhisto ?

Il reste encore de beaux jours éditoriaux à Edhisto, qui souhaite présenter plus d’ouvrages en couleurs et continuer à publier des témoignages allemands, ce qui est une réelle difficulté en l’absence de spécialistes français de ces documents aujourd’hui, le temps s’écoulant, de plus en plus difficiles à traduire. L’Histoire doit être pédagogique et éclairante. Edhisto, avec Viombois, 4 septembre 1944, a récemment marqué un changement d’ère dans l’étude de 2ème Guerre mondiale. Ce type de publication va marquer la prochaine décennie.

Bonne année et bonne (autre) rentrée

Pour les "professionnels de la profession", janvier est l'autre rentrée, la petite rentrée littéraire. Cette année, Edhisto a une actualité de janvier. C'est assez rare pour être signalé et nous avons donc le plaisir de vous présenter le dernier opus testimonial : "Un dessinateur et un comte dans la Grande Guerre. Journaux Croisés". Après les soldats allemands, les civils, femmes et hommes, envahis ou non, les poilus du génie, les chasseurs à pied, les artilleurs et toute une foultitude de témoins divers, dont 500 en 1 fois, Edhisto, poursuivant l’édition de témoignages inédits de combattants de 14-18, s'attaque à deux soldats de l’infanterie territoriale. Affectés au 94ème RIT, ils témoignent « pendant une grande partie de la guerre dans la même unité, au même moment et dans le même secteur. Leur comparaison permet de voir si deux combattants, avec des origines sociales et des grades différents, ont décrit et ont vécu leur expérience combattante de la même façon ». En effet ces soldats, malgré leur âge plus avancé (autour de 40 ans), que les poilus surnommaient les « pépères », ont subi les mêmes conditions de combats et de dureté de la vie dans les tranchées que ceux de l’active. Ce beau livre est agrémenté de superbes gravures émanant d’un soldat également artiste qui a croqué sa guerre au fur et à mesure de ses déplacements. Ah, bien entendu, nous n'oublions pas de vous souhaiter une très belle et très riche année 2017, avec l'espoir qu'elle vous réserve de petits et de grands bonheurs de lecture, de belles découvertes et à chaque page un étonnement, un apprentissage ou mieux, rêvons un peu, une révélation... Dans tous les cas, lisez bien, lisez beau, lisez Edhisto ! (bien teintée avant-guerre celle-là !)


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